Entrée de juillet 2008

Photo de Michael Edwards, New York Magazine, 16 avril 2007
Pour illustrer l’article brillant de Gerard Baker dans le Times (Londres) du 25 juillet, je ne résiste pas à insérer une photo intitulée “The Transfiguration”, parue dans le NY Magazine et utilisée sur un site satirique.
Si Obama, comme tous les candidats démocrates, se présentait en Europe, il serait élu avec plus de 80% des voix. Dommage collatéral potentiel, certains électeurs américains, en dehors des grandes villes, ne veulent
pas d’un candidat plébiscité par les … Français (la réciproque est assez vraie).
Roger Cohen, un des éditorialistes du NY Times les plus européens, pense que la prestation d’Obama à Berlin était désastreuse comparée avec celle de Paris.
[ADDENDUM] Robert Novak (Washington Post) s’interroge sur la fragilité de la candidature Obama, pas seulement en raison d’un programme flou, mais plutôt à cause de son incapacité à creuser l’écart sur John McCain, pourtant peu charismatique, et qui peine à enflammer les Républicains (notamment la droite du parti). Obama, écrit Novak, n’arrive pas à dépasser les 50% dans les sondages et ne devance McCain que de quelques points (autour de 5), ce qui constitue une marge très faible, voire négligeable aussi loin de l’échéance. Raison invoqué: les classes moyennes blanches et surtout les cols bleus (les fameux ouvrier de Pennsylvanie) sont réticents à soutenir un candidat noir inexpérimenté.
Lauric Henneton
Catégories : Elections US 2008 · Politique US
Tagué : Barack Obama, John McCain, sondages
Un article de la BBC sur les candidats à la succession de Wendy Alexander à la tête du Labour écossais. W. Alexander a démissionné après avoir été impliquée dans une affaire de corruption.
L’Ecosse est un fief travailliste, mais il est mis à mal par le parti nationaliste (SNP) qui a emporté une élection partielle à Glasgow East jeudi 24. (voir le dossier du Guardian et celui de la BBC ainsi que l’article de The Economist, qui fournit une excellente synthèse de la situation)
C’est un nationaliste, Alex Salmond, qui est à la tête de l’exécutif autonome d’Ecosse (dans le cadre de la “dévolution” des pouvoirs à l’Ecosse et au pays de Galles depuis 1997. Salmond envisage de soumettre à référendum l’indépendance de l’Ecosse, ce à quoi tous les autres partis s’opposent. La mission du futur leader travailliste écossais sera notamment de gérer la relation avec l’exécutif et de redorer l’image d’un parti bien ternie, comme le montre la défaite aussi lourde qu’humiliante de Glasgow East, bastion travailliste.
Cette défaite contribue à affaiblir encore un peu plus un Gordon Brown en poste depuis un an. Brown, artisan d’une politique économique centriste depuis son arrivée à l’Echiquier en 1997, est actuellement obligé d’accorder des concessions aux syndicats, ce qui devrait contribuer à un virage à gauche en matière économique et sociale.
Le problème principal est que le parti, quand il était fortement ancré à gauche dans les années 1980, était une machine à perdre (1979, 1983, 1987 et 1992 contre toute attente), alors que Tony Blair, en recentrant le parti, en a fait une machine à gagner (raz de marée en 1997 puis victoires en 2001 et 2005). Les prochaines élections ne devraient pas avoir lieu avant 2009 au plus tôt. Les Conservateurs, avec David Cameron à leur tête, devraient profiter de l’usure du pouvoir des travaillistes pour emporter ce qui semble – aujourd’hui – une large victoire en termes de sièges.
Ce virage à gauche contribuera-t-il à ringardiser le parti aux yeux des électeurs de “Middle England” indispensables pour une victoire travailliste, ou au contraire, en contexte de ralentissement économique, à revigorer un parti essoufflé?
En effet, le parti voit les soutiens financiers s’envoler et ne peut plus guère compter que sur les syndicats, d’où les concessions, un peu forcées.
[ADDENDUM] Un sondage Times/Populus, réalisé à la suite de l’élection partielle de Glasgow East, montre que les Travaillistes sont toujours aussi bas dans les sondages (27% contre 43% pour les Conservateurs et 18 pour les Libéraux-Démocrates), mais que cette mauvaise image n’est même plus liée à la personne de Gordon Brown puisqu’un changement de premier ministre ou un remaniement ne changerait pas grand chose aux yeux des personnes interrogées.
Lauric Henneton
Catégories : Politique britannique
Tagué : David Cameron, Ecosse, Gordon Brown, parti travailliste, Tony Blair
Qu’est-ce qu’un évangélique, d’abord? On en entend beaucoup parler donc on a l’impression de savoir ce dont il s’agit.
Dans un article du Wall Street Journal, Steven Waldman propose plusieurs définitions, dont la plus ramassée serait qu’il s’agit de:
someone who “wants people to have a personal relationship with Christ”; views the “Bible as the Supreme authority”; believes Christ died for our sins (“crucicentric theology”); and is “activist,” meaning committed to serving Christ in the world at large.
Le Christian Science Monitor se penche sur un personnage crucial au sein du parti démocrate, Leah Daughtry, assistante parlementaire devenue n°2 du parti, “patronne” de la Convention de Denver à la fin de l’été, et … pasteur(e) pentecôtiste.
Les évangéliques sont perçus comme des “fous de Dieu”, en France, réactionnaires et donc bushistes au dernier degré, alors que depuis 2004, les Démocrates se sont attelés à les attirer à eux, notamment à travers la rhétorique de Barack Obama. Contrairement à une idée reçue, les évangéliques ne sont pas un électorat monolithique. La capacité de Bush (et ses stratèges de campagne) à les attirer à lui fut une des clés du précédent scrutin (mais pas la seule). L’enjeu cette année est de voir comment cet électorat se répartira entre un républicain peu volubile sur sa foi mais conservateur (sur l’avortement, par exemple) et un brillant orateur qui sait parler de sa foi, mais dont les positions progressistes (sur l’avortement, toujours) peuvent empêcher certains évangéliques de voter pour lui.
La semaine dernière, les deux adversaires affichaient un même soutien envers les “faith-based initiatives” (pourtant si intimement associées au président sortant), preuve que de leur point de vue au moins tout n’est pas à jeter dans l’héritage de Bush.
Lauric Henneton
Catégories : Elections US 2008 · Evangéliques · Politique US · Politique et religion
Tagué : Barack Obama, Evangéliques, faith-based initiatives, John McCain, parti démocrate
Après les électeurs blancs, catholiques (ou pas) et cols bleus de Pennsylvanie et des environs, c’est au tour des électeurs noirs et latinos d’être sur le devant de la scène. Les Noirs représentent 12% de l’électorat et ils votent en grande majorité (environ 9/10) pour le candidat démocrate, quel qu’il soit. Cette année, on peut penser raisonnablement qu’ils ne dérogeront pas à la règle. Cependant, une controverse récente occasionnée par une gaffe (encore!) de Jesse Jackson, montre que l’électorat noir n’est pas aussi serein qu’on pourrait le penser, comme le relate un article de The Economist.
Le même article évoque l’incertitude qui pèse autour du vote des Latinos. Les migrants les plus récents sont traditionnellement démocrates, et deviennent républicains quand ils se sont américanisé (embourgeoisé?). Les Cubains de Floride, par leur anti-castrisme dur, sont solidement républicains, eux. La question qui ne va pas manquer de se poser d’ici novembre concerne les millions de Latinos qui pourraient bien faire pencher la balance soit du côté McCain (qui semblait à l’aise auprès de cet électorat, puisqu’il représente l’Arizona), soit du côté d’Obama, qui après des primaires au cours desquelles il était très loin derrière Hillary Clinton auprès des Latinos, est bien remonté, notamment dans les états où l’on pensait d’abord que McCain aurait une avance “naturelle”.
Les incertitudes sont donc de plus en plus grandes quant au choix des latinos, et la géographie des élections de novembre est et demeure à écrire!
Voir également un document tout nouveau de la Brookings Institution sur les réformes à mener en matière d’intégration des latinos (ici au format PDF) et dont voici les principales recommandations:
The next President, in order to ensure the economic, social, and civic integration of illegal immigrants, should support policies that:
- recognize the economic role and contribution of undocumented workers by implementing an earned legalization program
- create an Impact Aid Program that would offset state and local expenditures related to the program
- create a New Americans Initiative—a program to support state-level public-private partnership that would help all immigrants integrate into American society in a systematic, coordinated, and effective way, through local government and nonprofit programs
Lauric Henneton
Catégories : Elections US 2008 · Géographie politique · Politique US
Tagué : Arizona, Barack Obama, Floride, Immigration, Intégration, Jesse Jackson, John McCain, Latinos, Noirs
Après l’article du géographe Joel Kotkin dans le LA Times de dimanche – qui contrairement à ce qu’on lit partout estime que la flambée du prix de l’essence et la crise immobilière ne vont pas sonner le glas des “exurbs” – un papier d’AP relayé (entre autres) par le San Diego Union Tribune revient sur les efforts démocrates dans ces banlieues très excentrées, où G. W. Bush aurait acquis les voix qui firent la différence en 2004, notamment dans le “battleground state” qu’est l’Ohio.
“The exurb counties are going to be critical,” says Ed Helvy, chairman of the Democratic Party here in Delaware County. Four years ago, he says, John Kerry steered clear of such areas, “thought he could just grow the base and win the election and that didn’t happen.”
Nationwide, exurban areas – far-flung residential areas out beyond the traditional suburbs – grew about 31 percent during the 1990s, according to a Brookings Institution analysis. That’s twice the rate of their respective urban centers. Delaware County grew by two-thirds in that decade, according to the Census Bureau. Between 2000 and 2006, the county increased 43 percent.
A lire également un long article de Ross Douthat et Reihan Salam dans The National Review, où est posée une des équations centrales des élections de novembre: qui va emporter les classes moyennes supérieures? Extraits:
There was a time when this group was the backbone of the GOP. The correlation between rising education levels and rising Republican affiliation was once a constant in American politics: Except for the LBJ landslide, managers and professionals voted for the GOP ticket in every presidential election between 1952 and 1988. Well-educated voters in that era tended to identify with business rather than with government; they valued fiscal prudence over liberal extravagance, and social stability over rapid change; and they prized a suburban way of life that seemed threatened first by creeping statism and then by the left-wing radicalism of the 1960s.
But as America changed, so did the upper middle class, growing larger and steadily more liberal. The upheavals of the 1960s produced a generation raised in affluence but steeped in a radicalism that would diminish but not disappear with age. The causes of their youth — feminism, environmentalism, secularism, gay rights — became the orthodoxies of their adulthood, and the result was the rise of an upper-middle-class lifestyle politics defined by its rejection of mid-century social norms and its support for the new social order that the 1960s and 1970s had ushered in.
…
In upcoming decades, then, the GOP will increasingly be in a position with the upper middle class that the Democrats have been in with the working class since the Clinton era: It’s a demographic they don’t need to win outright, but one in which they can’t afford to get slaughtered on Election Day. Obviously there’s no imaginable future in which the Republican party wins over Bobo bastions like San Francisco and Cambridge, Mass. But if the national GOP wants to win 55 percent of the vote instead of 51 percent, and to compete in 50 states — as Nixon and Reagan did — rather than 35, it isn’t enough to reconstitute the Bush majority; it needs to be expanded as well.
Lauric Henneton
Catégories : Elections US 2008 · Exurbs
Tagué : Démographie, Exurbs, GOP, Ohio
Un long article de The Economist (10 juillet) revient sur le parcours de David Cameron et des Conservateurs, dont l’ascension récente est inversement proportionnelle à l’effondrement des perspectives électorales des Travaillistes. Cameron est-il devenu aussi inévitable que l’était devenu Tony Blair à mesure que le mandat de John Major touchait à sa fin?
Les intentions de vote sont en tout cas de plus en plus favorables aux Tories (45% contre à peine plus de 25 aux Travaillistes), mais le chemin qui reste à parcourir jusqu’aux prochaines élections générales est encore long.
Dans le même temps, les Conservateurs remportent une nouvelle élection partielle, occasionnée par la démission de David Davis (ancien chancelier de l’Echiquier “fantôme”) en juin dernier. Il remporte son siège, qu’il avait remis en jeu quand la durée de la détention était passée à 42 jours, à la demande de Gordon Brown. Cela dit, son avenir politique au sein de son parti reste sombre. Plus sombre que celui de son ancien patron, Cameron, et ancien rival pour la tête du parti.
Lauric Henneton
Catégories : Politique britannique
Tagué : Conservateurs, David Cameron, David Davis
Darrell M. West (Brookings Institution) prend le contre-pied de ceux qui voient en Obama un nouveau Kennedy. En dépit des différences idéologiques, c’est plutôt vers le personnage (politique) de Reagan qu’il faudrait faire des comparaisons.
Lauric Henneton
Catégories : Elections US 2008
Tagué : Barack Obama, JFK, Ronald Reagan