Observatoire Socio-Politique du Monde Anglophone

Entrée de octobre 2008

Le caractère plutôt que l’expérience

Vendredi 31 octobre 2008 · Laisser un commentaire

C’est bien connu: les élections américaines tendent à se focaliser sur la personnalité plutôt que le programme. Greenway, éditorialiste du Boston Globe, souligne que Sarah Palin fait revivre le mythe de l’authenticité rurale contre la corruption de la ville. Jefferson le soulignait déjà:

In the early days of the republic, cities were seen as something suspect, perhaps a bit anti-American. Thomas Jefferson is said to have told James Madison that if cities were to become dominant in America “we shall become as corrupt as Europe.”

(Character trumping experience – International Herald Tribune)

Le mythe est renuvelé dans le cinéma américain, qui ne manque pas de braves gars de la campagne qui font merveille à la Capitale quand ils s’y voient providentiellement confier des responsabilités: voir Frank Capra et son “Mr Smith goes to Washington”. Sarah Palin, James Stewart, même combat? Pas si simple: dans ses dernières lignes, Greenway souligne qu’il y a aussi du Mr Smith dans le charme qu’exerce Barack Obama:

Watching Mr. Smith again for the fourth time the other day, I couldn’t help think that the Stewart character reminded me more of Barack Obama – character trumping experience – than it did the pistol-packing Palin and her “you betcha” politics of bundled resentments. McCain chose “country first” as his campaign motto, but with Palin he got country and western instead.

Catégories : Elections US 2008 · Politique US
Tagué : , ,

Le facteur racial: témoignages sur NPR

Dimanche 26 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Le site de la chaîne de service publique NPR (National Public Radio) permet d’écouter des quantités de “sujets” en ligne. En ce moment, on trouve par exemple une série de conversations réalisées dans le cadre de l’émission  All Things Considered, avec des électeur de York, Pennsylvanie, sur la question raciale. La transcription du sujet est également en ligne sur le site. Un extrait de l’émission du 24 octobre 2008 éclaire l’ambivalence de certains électeurs:

“I don’t want to sound racist, and I’m not racist,” Moreland says. “But I feel if we put Obama in the White House, there will be chaos. I feel a lot of black people are going to feel it’s payback time. And I made the statement, I said, ‘You know, at one time the black man had to step off the sidewalk when a white person came down the sidewalk.’ And I feel it’s going to be somewhat reversed. I really feel it’s going to get somewhat nasty.”

Moreland says she doesn’t think all black people will “want payback.” “I’m not talking about you, and I’m not talking about them. I’m talking about the people that are out on the street looking for trouble. Putting a black man in the White House — and if he gets there, he gets there; I’m going to live under his presidency and everything. And I’m still going to be friends with anybody black that wants to be my friend and everything. But I really feel there’s going to be a time of adjustment. I really feel it. I hope I’m wrong. I hope I’m wrong.”

Catégories : Elections US 2008 · Politique US
Tagué :

Sondages, médias partisans et autres problèmes autour de l’élection du 4 novembre

Dimanche 26 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Un certain nombre de problèmes pourraient perturber le bon déroulement du scrutin du 4 novembre, voire peser sur le résultat final, comme l’explique une série de petits articles parus dans TIME.

Le spectre en la matière reste l’immense cafouillage en Floride en 2000, qui aurait coûté la victoire à Al Gore.

Deux enquêtes du très sérieux Pew Research Center montrent que la couverture médiatique est, sinon favorable à Obama, au moins largement hostile à McCain, voire, selon un sondage, que la presse souhaiterait très largement une victoire d’Obama. En jeu ici une illusoire objectivité de la presse en matière politique, surtout quand l’enjeu est une élection présidentielle, et encore plus quand il s’agit d’élire le successeur d’un des présidents les plus controversés (certains diront impopulaires).

Voters overwhelmingly believe that the media wants Barack Obama to win the presidential election. By a margin of 70%-9%, Americans say most journalists want to see Obama, not John McCain, win on Nov. 4. Another 8% say journalists don’t favor either candidate, and 13% say they don’t know which candidate most reporters support.

Figure

In recent presidential campaigns, voters repeatedly have said they thought journalists favored the Democratic candidate over the Republican. But this year’s margin is particularly wide. At this stage of the 2004 campaign, 50% of voters said most journalists wanted to see John Kerry win the election, while 22% said most journalists favored George Bush. In October 2000, 47% of voters said journalists wanted to see Al Gore win and 23% said most journalists wanted Bush to win. In 1996, 59% said journalists were pulling for Bill Clinton.

In the current campaign, Republicans, Democrats and independents all feel that the media wants to see Obama win the election. Republicans are almost unanimous in their opinion: 90% of GOP voters say most journalists are pulling for Obama. More than six-in-ten Democratic and independent voters (62% each) say the same.

Les sondages, en tout cas leur méthodologie et donc leur fiabilité, sont mis en cause dans un court article de The Economist.

Lauric Henneton

Catégories : Elections US 2008 · Politique US
Tagué : , , ,

Stump speeches

Samedi 25 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Pour ceux qui n’ont pas le temps où l’occasion de suivre tous les discours publics des candidats, les pages “politics” du New York Times fournissent deux videos de discours-types d’Obama et McCain, avec un commentaire écrit qui défile en parallèle. Intéressant pour comprendre non seulement la rhétorique de chacun, mais aussi comment chacun fait vibrer son public…

Catégories : Elections US 2008 · Politique US
Tagué :

L’année des femmes et des gauchers + un mot sur les sondages

Samedi 25 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Un premier bilan semble s’imposer avant même les résultats de l’élection: avec les candidatures hypermédiatisées d’Hillary Clinton et Sarah Palin, 2008 aura été “l’année des femmes“, selon Lois Romano, du Washington Post.

Ed Pilkington (qui est droitier) écrit dans le Guardian que quoi qu’il arrive le 4 novembre la Maison blanche accueillera à nouveau un gaucher. Pilkington “révèle” que les gauchers sont surreprésentés à la Maison blanche (6 des derniers 12 hôtes, pour 1/10e de la population), et même au-delà.

Enfin, si vous voulez aller plus loin que les fameux sondages nationaux distillés par les médias français, reportez vous sans tarder sur LE site qui permet de savoir réellement où en sont les candidats non pas au niveau national (ce qui n’a AUCUN intérêt dans le cadre de l’élection présidentielle américaine) mais Etat par Etat, avec pour chaque Etat une moyenne, mais aussi et surtout les résultats de différents sondages récents par différents instituts de sondages ou quotidiens locaux.

Vous verrez notamment que derrière l’avance de 2,2% d’Obama en Floride se cachent pas moins de 5 sondages contradictoires, 3 qui donnent Obama gagnant (avec 5 et 7 points d’avance) mais également 2 qui placent McCain en tête (tous deux avec 1 petit point d’avance).

Cette situation et la faiblesse des écarts permet de désigner la Floride, en l’occurrence, comme “toss up” (indécis).

Cependant, le même site (RealClearPolitics) propose une carte interactive qui rend la lecture beaucoup plus facile. Et on peut se demander, à regarder cette carte, si l’élection n’est pas pliée depuis un moment… En effet, sans compter les “toss up” ni même les Etats qui “penchent” (leaning) pour Obama (où l’écart dans les sondages, en moyenne, est entre 5 et 10 points), Obama compte déjà 255 votes de Grands électeurs sur 270 nécessaires pour emporter l’élection. Si l’on ajoute les 51 voix des Etats qui “penchent” en sa faveur, on atteint 306 voix. En revanche, McCain ne compte que 137 voix “sûres” (solid) de Grands électeurs.

Une victoire finale de McCain impliquerait donc un retournement de tendance particulièrement surprenant, au vu des sondages dans les différents Etats… et indépendemment des sondages nationaux…

Lauric Henneton

Catégories : Elections US 2008 · Géographie politique · Politique US
Tagué : ,

Sondages: l’avance des Tories toujours confortable (42-30-21)

Mardi 21 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Les Tories toujours en tête, le Lib-Dem se refait une santé

Sondage Guardian / ICM: Les Tories toujours en tête, le Lib-Dem se refait une santé

Contrairement à une série de sondages publiés récemment, la dernière livraison des intentions de vote par ICM parue dans le Guardian de ce matin montre que l’écart de douze points entre les Conservateurs et les Travaillistes n’a pas bougé. En revanche, les Libéraux-Démocrates gagnent 4 points au détriment des petits partis, trop petits pour être pris en compte individuellement.

Cependant, à 21% d’intentions de vote, il reste à ses niveaux habituels depuis quelques années, sans réellement progresser, et malgré quelques décrues occasionnelles.

Le Guardian dispose d’un outil interactif très commode qui permet de suivre l’évolution des intentions de vote depuis l’élection générale de 2005 pour les trois grands partis.

La question du jour (à £50 000) est de savoir si “l’affaire Osborne” (autour d’une hypothétique demande de financement du parti conservateur par un magnat russe de l’aluminium) va porter préjudice à l’avance des Tories, une avance plus confortable en intentions de votes qu’en projection de sièges. George Osborne est le ministre des finances du gouvernement fantôme, d’opposition, ce qui en fait le No2 du parti conservateur derrière David Cameron. Le Guardian propose un résumé concis et pratique de “l’affaire”, de même que la BBC, avec une vidéo dudit Osborne.

Lauric Henneton

Catégories : Politique britannique
Tagué : , , , ,

Obama peut-il (re)conquérir le vote catholique?

Lundi 20 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Les catholiques américains sont traditionnellement associés au parti démocrate, depuis les grandes vagues migratoires de l’époque jacksonienne, dans les années 1830-40, en passant par Franklin D. Roosevelt un siècle plus tard, et John F. Kennedy, le seul catholique élu à la Maison blanche en 1960.

En 2004, une majorité de catholiques a voté Bush, malgré le fait que John Kerry était lui-même catholique. Son problème principal, aux yeux de nombre de ses coreligionnaires: il est favorable à l’avortement (pro-choice, par opposition à pro-life).

Cette année, le passif des Républicains, la situation économique, mais aussi la subtilité des positions de Barack Obama en matière d’avortement (pourtant pro-choice), pourraient à nouveau faire voter les catholiques pour le candidat démocrate, comme l’explique un long article de TIME qui propose une rétrospective intéressante de l’appui de l’électorat catholique depuis la coalition du New Deal, derrière “F.D.R.”

Lauric Henneton

Catégories : Elections US 2008 · Politique US · Politique et religion
Tagué : , , , , ,

Les exurbs sont-elles la clé de la présidentielle américaine?

Lundi 20 octobre 2008 · Laisser un commentaire

De nombreux observateurs s’accordent à considérer les exurbs, ces banlieues résidentielles au-delà des premiers cercles suburbains, comme une clé possible, ou probable, de l’élection qui départagera Barack Obama et John McCain le 4 novembre prochain.

Traditionnellement, si tant est que l’on puisse parler de tradition dans ces espaces nouveaux, la sociologie des exurbs en faisait des bastions républicains. En 2000 et plus encore en 2004, George W. Bush y a trouvé un soutien qui aurait fait la différence face à ses adversaires démocrates.

Or, cette sociologie s’est complexifiée à mesure que les exurbs étaient de moins en moins à la frontière de l’urbanisation. En d’autres termes, en se peuplant, elles ont attiré des populations plus sensibles aux arguments des Démocrates. A ce processus de suburbanisation (donc d’urbanisation diluée) se sont greffés deux facteurs économiques déterminants: la crise du subprime, avec son lot d’expropriations (foreclosures) et l’effondrement des prix de l’immobilier, et l’explosion simultanée du prix du pétrole, donc de l’essence, particulièrement douloureuse quand on choisit d’habiter loin de tout (et donc de son lieu de travail) pour pouvoir s’offrir une maison bien plus grande que pour le même prix plus près du centre urbain.

Un excellent article du Washington Post s’attache à présenter la situation actuelle des exurbs américaines, notamment (régionalisme oblige), les exurbs du nord de la Virginie (Loudoun, Prince William, et dans une moindre mesure maintenant Fairfax). Une des qualités de cet article est de présenter succintement les différents points qui peuvent faire pencher un électeur indécis d’un côté ou de l’autre: certains seront sensibles à leur situation économique actuelle et se tourneront vers les Démocrates, alors qu’il y a quatre ans, les promesses de baisses d’impôts des Républicains les avaients séduits. Pour d’autres, leur opposition à l’avortement ou à toute limitation de la législation sur les armes à feu les feront rester du côté républicain, même si leur situation économique se détériore.

Lauric Henneton

Catégories : Démographie · Elections US 2008 · Exurbs · Géographie politique · Politique US
Tagué : , , ,

Sondage: La crise profite à Gordon Brown (pour l’instant)

Lundi 20 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Sondage Brown Bounce

The Guardian: Brown rebondit, le Lib-Dem chute

Une série de sondages très récents indiquent une remontée des Travaillistes au profit de la crise économique et financière, et au détriment du parti libéral-démocrate, qui enregistre une chute de 5 points, ce qui conforte une fois encore le bipartisme au Royaume-Uni. Les Conservateurs sont encore solidement en tête, mais une projection en sièges n’indiquerait qu’une majorité de 18 sièges pour les Tories, en vertu du système d’attribution des sièges “first past the post“. Cependant, la cote des travaillistes, à 31% d’intentions de vote, est historiquement basse: la précédente (27%) correspond à une défaite très sévère de l’ordre de celle – historique – de 1983. Par ailleurs, il semble exister un consensus autour du caractère temporaire de ce rebond. L’article du Guardian signalé plus haut indique également une tendance à long terme plus lourde de conséquence que des sondages qui peuvent varier grandement au gré des événements: l’électorat de base des travaillistes, au niveau sociologique, tend à s’effriter de façon durable, et les électeurs qui ne veulent plus voter ‘Labour’ devraient, mathématiquement, se reporter sur les deux autres grands partis, à moins qu’ils ne se réfugie dans l’abstention, signalant une méfiance profonde de la classe politique.

The research also suggested that traditional Labour voters were abandoning the party. Almost a third of working class voters said they were less likely to vote Labour and a quarter of women have also been put off, the paper said. The findings also showed that young voters were more critical of Labour.

Lauric Henneton

Catégories : Politique britannique
Tagué : , , , , ,

GB: restreindre l’immigration à cause de la crise?

Samedi 18 octobre 2008 · Laisser un commentaire

La politique migratoire britannique est en train de changer profondément, avec l’instauration progressive d’un “permis à point” sur le modèle australien, une immigration choisie (‘managed immigration’) mise en place par les Travaillistes et défendue par Gordon Brown. Les Conservateurs, eux, préconisent une limite annuelle à ne pas dépasser afin de réduire l’impact sur les infrastructures.

Dans le contexte économique tendu (on a parlé d’un chômage qui allait peut-être passer d’un peu moins d’un million à deux millions d’ici la fin de l’année), il est question de restreindre l’immigration (économique) afin de réduire les tensions sur un marché de l’emploi déjà en tension croissante. En d’autres termes, les emplois se faisant plus rares du fait de la récession, il n’y aura pas de travail pour tout le monde.

Voir aussi l’article du Times et celui du Guardian.

La BBC propose également une (double) carte qui permet de voir où se sont installés les immigrants d’Europe de l’Est (les 8 pays entrés dans l’UE en mai 2004), où il apparaît qu’outre les Highlands écossais, c’est surtout l’est (rural) de l’Angleterre qui est touché, ainsi que Londres et dans une certaine mesure le Nord (région de Leeds).

Géographie de limmigration
Géographie de l’immigration (2004-2007)

Lauric Henneton

Catégories : Immigration · Politique britannique · Société britannique
Tagué : , ,