Entrée de avril 2009

Photo: Martin Argles / Site du Guardian
Avant une interruption d’une dizaine de jours, voici un article du Guardian sur la Saint-Georges (23 avril), fête nationale anglaise (et pas britannique), qui pose la question de l’identité anglaise au sein du Royaume-Uni, soulève quelques points constitutionnels et se lamente sur la passivité (consumériste) des Anglais d’aujourd’hui face au recul des libertés individuelles. Et ce malgré une solide expérience de contestation, voire de rébellion pure et simple. Extraits:
But England, like any nation, has many faces. And if there is an English tradition worth celebrating on this St George’s Day it is not our past triumphs in commerce or empire, but our tendency towards rebellion, dissent and resistance – a glorious tradition that, if we are not very careful, could soon be defunct, just as we need it most.
The English radical tradition can compete with that of any other nation. We, after all, killed our king before the French; we had our revolution before the Americans; and we fought against the invasion of the nation by a foreign king and his posse of robber barons before the Scottish.
Lauric Henneton
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Tagué : Angleterre, Grande-Bretagne
Un article du Daily Telegraph relate que d’après un sociologue britannique, les inégalités sociales s’accroîtraient, malgré le voeu de Tony Blair d’atteindre une “société sans classes” (classless society). Les enfants des classes “ouvrières” sont toujours moins nombreux que ceux des classes moyennes à aller à l’université, par exemple.
Le Daily Express publie une enquête sur la confiance des Britanniques, notamment envers les politiques, en ces temps de scandales à répétition. Et c’est la Reine en qui ils font le plus confiance (avec une vidéo).
Le blog conservateur très influent ConservativeHome a mené une enquête intéressante auprès des rédactions des principaux quotidiens nationaux, pour savoir en faveur de qui ils se prononceraient lors de la prochaine campagne électorale. L’occasion de faire le point sur les positions politiques des organes de presse anglais.
Enfin, un long extrait d’un livre à paraître sur la Grande-Bretagne dans les années 1970, extrait consacré à la semaine de trois jours (“three-day week”) sous le gouvernement d’Edward Heath (1970-1974), et notamment pendant l’hiver 1973. Très bien documenté grâce à des extraits des journaux de l’époque, ce texte passionnant permet de mieux comprendre la vie des Britanniques pendant cette période troublée sur le “front” socio-politique. Ne vous laissez pas intidimider ou décourager par l’apparente longueur de l’article, ça se lit comme un roman.
L’article est accompagné d’un carnet photo qui permet d’encore mieux visualiser.

A telephonist works by torchlight at the start of the three day week, which was introduced at midnight on 31 December 1973 Photograph: /Hulton
Lauric Henneton
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L'usure du pouvoir en action: Tony Blair en 2008
Parmi les nombreux articles publiés au sujet de cette sordide histoire de fausses rumeurs orchestrées par des “stratèges” travaillistes pour déstabiliser les Conservateurs, celui-ci du Guardian permet de bien saisir l’ambiance détestable qui règne au sein du parti au pouvoir.
Ce climat n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure (l’incise est importante), le milieu des années 1990, quand le pouvoir conservateur s’effondrait après un “règne” particulièrement long (1979-1997). Le pouvoir travailliste, que tous les sondages annoncent finissant, entre dans la série des “longues” majorités (Libéraux au début du siècle, 1906-1915, suivi d’un gouvernement d’union nationale, Conservateurs de 1951 à 1963 puis de 1979 à 1997 donc). Ces longues majorités, si on enlève les gouvernements d’union nationale pour cause de guerres mondiales (1915-1922 et 1940-1945) ou de crise économique (1931-1937), sont souvent suivies de périodes d’instabilité où aucune majorité ne se dégage et où les tiers/petits partis attirent plus de voix (même si ça ne se traduit pas forcément par un gain proportionnel en sièges): ainsi, les années 1920 (3 élections en 2 ans et le premier gouvernement travailliste – minoritaire – pendant 9 mois) et les années 1970, voire 60-70, avec des majorités faibles voire inexistantes (2 élections en 1974 et un gouvernement qui ne tient qu’à un fil jusqu’en 1979, tributaire d’alliances inconfortables; un gouvernement travailliste élu avec la plus infime des majorités en 1964, un gouvernement conservateur élu à la surprise générale en 1970 qui se fait renverser par l’agitation syndicale (1974).
La question qui se pose est de savoir si à la longue hégémonie travailliste (1997-2010), due en partie à l’effondrement des Conservateurs après 1997, va suivre une pareille période où aucune majorité ne se dégage au Parlement. Contrairement aux années 1970, les partis nationalistes gallois et surtout écossais semblent neutralisés par la dévolution des pouvoirs vers leurs assemblées/parlements. Les Libéraux-Démocrates, par ailleurs, ne semblent pas décoler dans les sondages, et leur nombre de siège est tiré vers le bas par le scrutin majoritaire.
On semble se diriger surtout vers une défaite travailliste, plus que vers une franche victoire conservatrice (ce qui n’est pas vraiment surprenant). Il restera à voir si l’expérience du pouvoir bénéficiera à David Cameron, qui pourra alors provoquer de nouvelles élections pour accentuer sa majorité parlementaire et avoir les coudées plus franche pour réformer le pays.
En 1997, une hégémonie en avait suivi une autre, ce qui n’était jamais arrivé (et qu’on ne pouvait pas réellement deviner alors, même si l’état du parti conservateur pouvait le laisser penser). Cela dit, la campagne de Blair était autrement plus efficace médiatiquement, ne serait-ce que parce qu’il tranchait avec John Major. Aujourd’hui, Cameron ne semble pas être un nouveau Blair, et le Parti conservateur semble être moins taillé pour le pouvoir que l’était le “New Labour” de 1997.
Lauric Henneton
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[Billet mis à jour, voir plus bas]
Michael White, l’un des principaux observateurs politiques du Guardian, évoque la parution d’un recueil de grands discours prononcés à la Chambres des Communes au cours du XXe siècle, choisis par des hommes et des femmes politiques vivants (Gordon Brown, David Cameron, Nick Clegg, mais aussi des anciennes gloires du travaillisme comme Barbara Castle, Neil Kinnock, Roy Hattersley ou Denis Healey, ou du thatchérisme comme (Norman) Lord Tebbit). Chacun y explique pourquoi il (ou elle) a choisi tel ou tel discours.
Les choix, comme le constate White, sont soit attendus (les grands discours de Churchill, de Lloyd George ou d’Aneurin Bevan), soit plus surprenants (comme le choix d’un discours de Sir Oswald Mosley par David Blunkett – antérieur à la dérive fasciste de Mosley).
L’article pointe judicieusement vers les versions en ligne (sur le Hansard) des discours en questions. Pratique si on veut vraiment les lire, malgré un format pas forcément très engageant. Mais leur disponibilité en ligne est en soi remarquable. C’est une bonne occasion de parcourir l’histoire politique britannique au XXe siècle, à travers les grands discours qui montrent encore à quel point la Chambre des Communes est centrale dans le dispositif politique. White note avec une certaine nostalgie que les dernières années ont vu bien moins de grands discours. Est-ce une déformation de sa part? est-ce dû à la “présidentialisation” de la fonction de Premier ministre?
Pendant ce temps, de retour à Londres, Gordon Brown assure à qui veut l’entendre que le nouveau “Brown bounce” dans les sondages (les Travaillistes ne sont plus que 7 points derrière les Conservateurs, l’écart le plus faible cette année) ne sera pas suffisant pour lui faire provoquer une élection anticipée. Le Parlement actuel a été élu en 2005, il a donc jusqu’à (juin) 2010 pour organiser des élections législatives. Si le succès (relatif) du G20 dope presque mathématiquement la cote du Premier ministre, on peut raisonnablement penser que, comme après les derniers “Brown bounces”, celui-ci sera de courte durée, et on en reviendra plus ou moins rapidement à des écarts de 10 à 15 points en faveur des Conservateurs – ce qui, en raison du mode de scrutin (first past the post), n’est pas la garantie d’une large victoire.
[Mise à jour, 7 avril] Un nouveau sondage Times / Populus réalisé en même temps que celui de YouGov évoqué ci-dessus montre qu’il n’y a en réalité pas de “Brown Bounce”: les Conservateurs sont à 43% d’intentions de vote, les Travaillistes à 30 et les Libéraux-Démocrates à 18. Selon le UKPollingReport, les Conservateurs bénéficieraient d’une majorité de 44 sièges (moyenne des projections).
Lauric Henneton
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La semaine politique
Deux récapitulatifs en vidéo de la semaine en politique, avec notamment la couverture du sommet du G20 et la présence de Barack Obama, mais pas uniquement (heureusement):
- l’un, humoristique, par Matthew Wright de BBC Five
- l’autre, pastiche de Top of the Pops, extrait de l’émission Daily Politics
A gauche, du nouveau
Un article du magazine travailliste Progress sur le renouveau idéologique de la gauche britannique, ce qui montre bien le décalage entre les idées de la base et ceux qui sont censés les mettre en oeuvre.
Indépendance écossaise
Enfin, un récapitulatif des sondages sur l’indépendance écossaise compilé par le UK Polling Report, excellente base de données en matière de sondages.
Lauric Henneton
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