Lié à Facebook, c’est un site qu’on a plus comparé à celui d’Obama qu’à celui de Ségolène Royal. Les Tories sont en tête des sondages depuis des mois et on voit mal ce qui pourrait les empêcher de gagner.
La seule inconnue porte sur le nombre de siège dont ils disposeront, donc de leur marge de manœuvre en matière législative.
L’autre inconnue est l’impact des nouvelles stratégies de communication politique, notamment en termes de mobilisation. Ces nouveaux outils électroniques vont-ils vraiment doper le vote conservateur? Profondément ou à la marge?
Billet de rentrée ce week-end sur Ospoma avec quelques articles des semaines précédentes.
Pour les inconditionnels des sondages, la tendance de l’été est restée stable avec les Conservateurs toujours en tête avec une fourchette de 40-43%, les Travaillistes avec 24 à 28% et les Libéraux-Démocrates entre 17 et 21%. L’excellent blog UKPollingReport donne comme dernière moyenne 41-26-19, avec une projection de 88 sièges pour une nouvelle majorité tory.
Il est de plus en plus question, le jour de l’élection générale qui doit intervenir d’ici au printemps prochain, de doubler le scrutin législatif d’un référendum sur le mode de scrutin. Il s’agirait de demander aux électeurs s’ils veulent conserver le scrutin majoritaire actuel (first past the post), réputé injuste (quand on perd les élections en tout cas) ou s’ils veulent passer à un mode de scrutin partiellement proportionnel, destiné à refléter plus fidèlement le vote des électeurs.
Les Travaillistes s’engagent donc sur une voie plébiscitée par les Libéraux-Démocrates depuis des années; les Conservateurs, eux, sont opposés aux réformes proposées. Certains disent que le revirement des Travaillistes est dû à la certitude qu’ils vont perdre la prochaine élection et qu’ils essaient de s’attirer les faveurs des électeurs libéraux-démocrates. En effet, malgré les promesses de Tony Blair il y a plus de 10 ans, rien n’a été fait en la matière. (Voir le billet du 26 juillet dernier.)
Autre réforme promise de longue date par les Travaillistes et finalement peu avancée, la Réforme d’une Chambre des Lords présentée comme archaïque (mais qui s’en défend notamment sur YouTube). Les Lords ont perdu leur droit héréditaire à siéger à la Chambre haute et il ne reste que 92 aristocrates qui font la jonction. Les autres sont des membres nommés à vie par le pouvoir en place (life peers) généralement pour service rendu – idéalement au pays, parfois pourtant au Parti et à ses finances. Jack Straw, ministre de la justice, a annoncé fin août que la réforme pourrait prendre beaucoup plus longtemps qu’on le pensait.
Enfin, dernier point, au carrefour de la démographie et de la géographie, une enquête réalisée par Orange, et dont la méthodologie n’est pas forcément irréprochable, tendrait à montrer que les habitants des Midlands seraient particulièrement enclins à quitter leur région, surtout pour s’établir dans les comtés du sud-ouest de l’Angleterre ou de Londres. La possibilité du télétravail, rendue plus aisée par la généralisation (à venir) des connexions haut débit, accélèrerait cet exode. Reste que certaines personnes qui pratiquent déjà le télétravail expliquent que les grands mouvements de population qu’on avait annoncé n’ont finalement jamais eu lieu.
Un sondage ComRes pour The Independent, réalisé entre les résultats des élections locales et ceux des européennes, en plus de la question traditionnelle sur les intentions de vote, proposait aux personnes interrogées un choix de leaders autres que Gordon Brown à la tête du Parti travailliste. Parmi eux, Jack Straw, David Miliband ou encore Jon Cruddas, Ed Balls, James Purnell et Hariet Harman. Tous sont donnés perdants (y compris Brown, bien sûr) face aux Conservateurs. Tous? Non. Seul Alan Johnson, qu’on présente de plus en plus comme la figure la plus consensuelle pour succéder à Brown, parviendrait (le conditionnel est important) à priver les Tories d’une majorité en sièges à la Chambre des Communes (malgré une défaite en voix).
Que faire d’un tel sondage? D’abord, on se souvient que ComRes est l’institut qui, le 30 mai, avait donné les Conservateurs à 30%, ce qui constituait clairement une anomalie. Le UKPollingReport discute utilement ce nouveau sondage, et son utilité relative. Très brièvement: un tel sondage n’est pas une nouveauté, il n’indique rien de fiable pour l’avenir, mais il peut avoir un impact sur les acteurs politiques, et pourrait à ce titre accélérer un débat autour du leadership du parti.
En attendant, Gordon Brown a encore survécu, lundi soir, à une réunion à haut risque du Parliamentary Labour Party, que l’on annonçait comme une sorte de nuit des longs couteaux dont il pouvait être la victime expiatoire. Brown n’en finit pas d’être fini, mais il est toujours là. Et tout compte fait, il pourrait bien être encore là en juin 2010 pour affronter les Conservateurs.
Question: est-ce dans l’intérêt du parti? Question connexe: que peuvent faire, que vont faire ceux qui, au sein du Labour, pensent que Brown est la garantie d’une déroute historique?
Le Guardian propose une petite FAQ pour comprendre rapidement les enjeux de la situation actuelle.
Les paragraphes suivants permettent de bien saisir l’humeur des Travaillistes:
But a new poll of Labour activists brought further bad news for the prime minister, revealing that fewer than half of all party supporters want him to lead them into the next general election, with one in five urging him to quit now.
The poll of 800 party members carried out by YouGov for Channel 4 News found that one in three thought Labour stood no chance of winning a general election if Brown remained leader and 53% thought they would be better off if Tony Blair was still in Number 10.
On s’observe, on se demande qui y va, quand y aller, mais le “coup” est en train de se mettre en place. Les résultats des Européennes, dimanche, seront peut-être le signal du départ, mais ce serait peut-être prématuré. Et les “rebelles” ne sont peut-être pas (encore) assez nombreux pour pousser Brown à la démission. On saura lundi soir, au terme d’une réunion des députés travaillistes, si une pétition (qui doit compter 75 signatures) a été présentée.
Si une attaque n’est finalement pas tentée lundi, il faudra attendre le projet de loi de privatisation partielle de Royal Mail qui pourrait être présenté en juin et devrait entraîner une levée de bouclier à gauche. La loi pourrait être votée uniquement grâce à l’appui des Conservateurs. Sauf s’ils retirent leur soutien pour faire chuter le Premier ministre. On peut aussi envisager une motion de défiance, comme en mars 1979, quand l’échec des référendums sur la dévolution avait entraîné le dépot par les nationalistes écossais mécontents d’une motion de défiance dont la principale bénéficiaire fut Margaret Thatcher. Un revers sur la Poste pourrait avoir les mêmes conséquences.
L’étape suivante est la convention annuelle (conference) du parti, fin septembre, avec l’élection du leader. On peut imaginer une candidature de contestation qui réunirait assez de soutien pour provoquer un deuxième tour de scrutin. On serait dans un scénario analogue à la fronde contre Margaret Thatcher en novembre 1990… ou la fronde contre Edward Heath en 1975, qui avait amené l’élection surprise de Margaret Thatcher comme leader du parti conservateur. En cas de retrait de Brown, on peut imaginer la candidature d’Alan Johnson comme homme du consensus, un peu à la manière de John Major, en attendant des législatives qui auront lieu d’ici à juin prochain et dont les Conservateurs devraient être les grands vainqueurs. Il faudra également observer le score des libéraux-démocrates, arrivés à la deuxième place lors du scrutin local, et probablement des européennes. Ils pourraient bien, au moins un temps, profiter de la mauvaise santé du parti travailliste pour devenir le principal parti d’opposition, sans pour autant avoir beaucoup gagné en voix.
Ce climat n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure (l’incise est importante), le milieu des années 1990, quand le pouvoir conservateur s’effondrait après un “règne” particulièrement long (1979-1997). Le pouvoir travailliste, que tous les sondages annoncent finissant, entre dans la série des “longues” majorités (Libéraux au début du siècle, 1906-1915, suivi d’un gouvernement d’union nationale, Conservateurs de 1951 à 1963 puis de 1979 à 1997 donc). Ces longues majorités, si on enlève les gouvernements d’union nationale pour cause de guerres mondiales (1915-1922 et 1940-1945) ou de crise économique (1931-1937), sont souvent suivies de périodes d’instabilité où aucune majorité ne se dégage et où les tiers/petits partis attirent plus de voix (même si ça ne se traduit pas forcément par un gain proportionnel en sièges): ainsi, les années 1920 (3 élections en 2 ans et le premier gouvernement travailliste – minoritaire – pendant 9 mois) et les années 1970, voire 60-70, avec des majorités faibles voire inexistantes (2 élections en 1974 et un gouvernement qui ne tient qu’à un fil jusqu’en 1979, tributaire d’alliances inconfortables; un gouvernement travailliste élu avec la plus infime des majorités en 1964, un gouvernement conservateur élu à la surprise générale en 1970 qui se fait renverser par l’agitation syndicale (1974).
La question qui se pose est de savoir si à la longue hégémonie travailliste (1997-2010), due en partie à l’effondrement des Conservateurs après 1997, va suivre une pareille période où aucune majorité ne se dégage au Parlement. Contrairement aux années 1970, les partis nationalistes gallois et surtout écossais semblent neutralisés par la dévolution des pouvoirs vers leurs assemblées/parlements. Les Libéraux-Démocrates, par ailleurs, ne semblent pas décoler dans les sondages, et leur nombre de siège est tiré vers le bas par le scrutin majoritaire.
On semble se diriger surtout vers une défaite travailliste, plus que vers une franche victoire conservatrice (ce qui n’est pas vraiment surprenant). Il restera à voir si l’expérience du pouvoir bénéficiera à David Cameron, qui pourra alors provoquer de nouvelles élections pour accentuer sa majorité parlementaire et avoir les coudées plus franche pour réformer le pays.
En 1997, une hégémonie en avait suivi une autre, ce qui n’était jamais arrivé (et qu’on ne pouvait pas réellement deviner alors, même si l’état du parti conservateur pouvait le laisser penser). Cela dit, la campagne de Blair était autrement plus efficace médiatiquement, ne serait-ce que parce qu’il tranchait avec John Major. Aujourd’hui, Cameron ne semble pas être un nouveau Blair, et le Parti conservateur semble être moins taillé pour le pouvoir que l’était le “New Labour” de 1997.
BBC Parliament a diffusé il y a quelques jours un documentaire très bien fait qui revient sur la chute du gouvernement travailliste de James Callaghan (1976-1979), en mars 1979, suite à une motion de censure des nationalistes écossais, dans le contexte social très tendu du ‘Winter of Discontent‘. Ce documentaire d’une heure peut à présent être consulté en ligne, gratuitement.
De facture assez classique, il fait intervenir les protagonistes de l’époque (encore vivants), qui ont tous pris 30 ans (et ont presque tous été annoblis). Cependant, il permet de bien comprendre la situation générale du pays, notamment le contexte politique et social, et les différentes questions qui se télescopent (l’inflation, les revendications salariales, les grèves, la dévolution).
Le documentaire permet également de bien comprendre le fonctionnement du Parlement, et met en avant le rôle des ‘whips‘, charger de s’assurer que, lors des votes cruciaux où toutes les voix sont nécessaires, aucune défection ne sera à déplorer, lesquelles pourraient, dans certains cas, faire chuter le gouvernement.
Ici, l’histoire est bien connue (mais la narration est habile): on savait que l’issue du vote ne tiendrait qu’à un fil, ou plutôt une voix, et c’est ce qui s’est passé. La Chambre des Communes, par 311 voix contre 310, n’a pas accordé sa confiance au gouvernement Callaghan, qui a dû démissionner et provoquer des élections législatives au début du mois de mai. C’est à l’issue de ce scrutin que Margaret Thatcher, leader du Parti conservateur depuis 1975, est devenue Premier ministre.
A la suite, il y a une vidéo de George Cunningham, député travailliste écossais à l’origine de l’amendement qui stipulait que 40% de l’électorat (inscrit) écossais devait approuver le projet de dévolution pour que la loi votée l’année précédente soit appliquée. Une majorité simple ne suffisait pas, et c’est ce qui s’est passé: 51% de “oui” mais pas assez de votants. C’est à l’issue de cet échec, début mai, que le Scottish National Party (SNP) a déposé une motion de censure (vote of no confidence) contre le gouvernement Callaghan.
Dans son discours, le soir du vote (28/03/1979), Callaghan a dénoncé l’alliance contre-nature qui s’opposait à son gouvernement: les Conservateurs opposés à une dévolution qui signifiait pour eux le démantèlement de l’Union, un SNP qui voyait dans la dévolution un premier pas vers l’Indépendance de l’Ecosse, et les Libéraux, qui étaient favorables à la dévolution.
Lauric Henneton
Chambre des Communes, Westminster: le lieu du crime
C’est la question que pose Jonathan Freedlander dans les colonnes du Guardian, notamment en s’appuyant sur un échange entre Jon Cruddas et Philip Collins dans le prochain numéro de Progress Magazine (interne au parti). La clé, en plus de la crise économique, est la nature et l’étendue de ce qui semble être une inévitable défaite. Même si l’histoire électorale britannique a réservé un certain nombre de surprises par le passé…
Dans The Spectator (conservateur), James Forsyth explique comment tant Brown que Cameron se réclament d’Obama et tentent d’utiliser le nouveau président pour redorer leur propre image au niveau national. Si les Etats-Unis sont une source d’inspiration depuis longtemps pour les stratèges politiques britanniques, c’est la première fois que les deux grands partis se disputent le même modèle – ce qui est dû au centrisme (perçu/affiché) d’Obama.
Un temps pressenti pour la vice-présidence (mais trop jeune lui-même pour équilibrer la jeunesse d’Obama, d’où le choix de Biden, en partie), Kaine est un catholique décomplexé de 51 ans qui a réussi à se faire élire gouverneur dans un Etat pourtant traditionnellement républicain.
Son principal fait d’arme? Son élection de 2005 est en grande partie due à sa victoire dans les comtés ‘exurbains’ du nord de la Virginie, à la périphérie de Washington (Loudoun, Prince William, Fairfax dans une moindre mesure). C’est dans les mêmes comtés que s’est jouée la victoire d’Obama en Virginie, victoire elle-même loin d’être évidente sur le papier.
La victoire de Kaine dans les ‘Exurbs’ est donc mise en avant et avec elle, une stratégie de conquête de ces zones politiquement tangeantes à mesure qu’elles s’urbanisent (elles sont d’abord républicaines quand la densité est très faible puis deviennent de plus en plus démocrate, surtout quand la crise s’en mèle).
Nouvelle preuve s’il en était encore besoin de l’importance des ‘exurbs’ dans le dispositif stratégique des Démocrates. Preuve également d’une stratégie de (re)conquête à long terme: les Démocrates ne se reposent donc pas sur les lauriers de leur double victoire récente (présidence + Congrès).
- les Conservateurs repassent sous la barre symbolique des 40% (mauvais signe)
- les Travaillistes remontent et réduisent l’écart à 5 points, alors qu’il était de 15 points il y a encore peu de temps
- Les Libéraux démocrates se stabilisent (pas de ‘vote utile’ reporté vers un des deux grands partis)
Cette réduction de l’écart entre les Travaillistes et les Conservateurs alimentent des spéculations, une fois encore, sur la pertinence d’une élection anticipée au mois de février ou un peu plus tard au printemps (mai?). Il semblerait que, comme la crise va encore plus détériorer la situation (notamment en matière d’emploi), il serait judicieux pour Brown de ne pas attendre trop. Cela dit il est toujours derrière.
Le mode de scrutin (‘first past the post’, majoritaire en français) fait qu’une marge de quelques points en terme de voix se traduit par une majorité plus confortable en terme de sièges, et permet d’obtenir des majorités plus claires qu’à la proportionnelle. Pourtant, une autre conséquence est qu’une majorité de voix ne se traduit pas forcément par une majorité de siège.
On parle beaucoup de la perspective d’un ‘hung parliament’, où le parti arrivé en tête (en voix) n’a pas la majorité des sièges, et où par définition aucun parti n’a la majorité (ce qui est bien plus fréquent avec le scrutin proportionnel). Une telle perspective implique un accord entre deux partis en vue de former une coalition gouvernementale. Les Libéraux-démocrates, qui arriveront probablement troisièmes, mais qui seront largement sous-représentés en sièges, accepteraient-ils une proposition des Travaillistes, qui en l’état actuel des choses arriveront derrière des Conservateurs qui ne parviendraient pas à obtenir une majorité de sièges?
Et si Nick Clegg, le leader libéral-démocrate, acceptait un tel accord (dit ‘lib-lab’), serait-il viable? On peut penser qu’un tel gouvernement de coalition, avec Gordon Brown à sa tête, aurait une espérance de vie d’environ 2 ans, à plus ou moins six mois, ce qui implique de nouvelles élections à ce moment-là. On peut espérer que d’ici-là le plus gros de la crise économique sera passé. Mais on en est encore très loin…